CONTE FANTASTIQUE

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Conte fantastique
d'après une des histoires extraordinaires d'Edgar Allan Poë

"Le Masque de la Mort rouge"

Harry Clarke (1889-1931)
Illustration pour
Le Masque de la mort rouge  (1919)

I - L'argument :

Le texte placé en exergue de la partition parue chez Durand en 1924 (voir infra) s'inspire des Tales of the Grotesque and Arabesque (Contes du grotesque et de l'arabesque) du conteur, essayiste et critique américain Edgar Allan Poë (1809-1849) publiés en 1839 puis en 1845 sous le simple titre de Tales (Contes). Cette dernière publication rassemble soixante-dix textes publiés dans les journaux de 1832 à 1849. Baudelaire entreprit la traduction et l'édition de ces Contes sous le titre Histoires extraordinaires (1856), Nouvelles histoires extraordinaires (1857), Histoires grotesques et sérieuses (1865).  Le Masque de la Mort rouge était paru aux Etats-Unis en mai 1842 dans le Graham's Magazine et fut traduit par Baudelaire le 19 juillet 1845 puis publié dans le cadre des Nouvelles histoires extraordinaires. On trouve le texte original de Poë et la traduction de Baudelaire ici. C'est Stéphane Mallarmé qui se chargera de la traduction des poèmes de Poë publiés en 1888.

Le conte se déroule au cours d'une épidémie de peste. Le prince Prospero réunit mille de ses courtisans dans une abbaye fortifiée. Après cinq ou six mois de réclusion, le prince organise un bal masqué dans une enfilade impériale de 7 salles respectivement bleu, pourpre, verte, orange, blanche, violette, la dernière avec des tentures de velours noir et des carreaux écarlates de la couleur du sang. Alors, aux douze coups de l'horloge d'ébène de la dernière salle, apparaît un masque auquel personne n'avait prêté attention, porté par un personnage grand et décharné, enveloppé d'un suaire de la tête aux pieds : c'est la Mort rouge (la peste). Il tue le prince et les courtisans tombent "un à un dans les salles de l'orgie inondées d'une rosée sanglante".
Le Masque de la Mort rouge est donc un conte montrant qu'il n'y a pas de rempart contre la mort ; elle n'atteint pas que le peuple mais se venge aussi du prince Prospero et de ses protégés. Ceux-ci ont en effet osé la défier. Par ailleurs, il y a une certaine morale dans ce conte dans la mesure où le Prince a privilégié les chevaliers et les dames de sa cour, courtisans qui "résolurent de se barricader contre les impulsions soudaines du désespoir extérieur et de fermer toute issue aux frénésies du dedans". Ce protectionnisme, opéré au détriment du monde extérieur (le peuple), est finalement condamné par l'écrivain et, on peut penser que Caplet aura été séduit par cette morale qui rend les hommes égaux face à la mort. Au cours de la guerre 14-18, il vivra pourtant des expériences contraires dans la mesure où les généraux qui sont restés à l'arrière ont envoyé à la mort les poilus. Mais ceci est une autre histoire... C'est l'Histoire.

II - Les adaptations visuelles du Masque de la Mort Rouge :

De nombreuses adaptations cinématographiques ont été faites de ce conte. Dès 1921, il inspira le réalisateur russe Vladimir Gardin pour son film A Spectre haunts Europe. Il fut repris encore au cinéma en
1964 : Le Masque de la Mort Rouge du Britannique Roger Corman (il a aussi réalisé La Chute de la maison Usher en 1960 et, plus récemment, le Silence des agneaux en 1990)) et en 1989 de l'Américain Larry Brand (Halloween Resurrection). Le conte a également fait le sujet d'une adaptation radiophonique pour la CBS par George Lowther le 10 janvier 1975.
On peut même voir ici un sympathique court métrage d'animation amateur de huit minutes ou encore ici et des extraits d'un court métrage de Guillaume Moiton (2008). Le cinéaste japonais Akira Kurosawa avait envisagé en 1998 une adaptation du conte de Poë, mais ce projet fut abandonné à la suite du décès du réalisateur. Ce projet devrait être repris à l'occasion du centenaire du cinéaste. La sortie du film est prévue au Japon en 2010.

On trouve sur
des mises en images du conte empruntées aux versions discographiques Cambreling/Prêtre ou encore d'Alice Giles .On peut également voir et écouter l'exécution de Hunag Yu-Hsin (harpe), Mary Lidman et Caitlin Crabtree (violons), Julia Garfinkel (alto), Hera Kim (violoncelle) ici et

Consulter aussi les liens suivants d'un goût parfois douteux :
The Masque of the Red Death (The Phantom of the Opera)

The Masque of the Red Death  ; The Masque of the Red Death ; Masque of the Red Death Trailer 


DVD du film de Roger Corman

 DVD du film de Roger Corman


DVD du film de Larry Brand
Joseph HOLBROOKE

                                                                                                                     

III - POE et les musiciens :

Contes et poèmes d'Edgar Poë ont inspiré de très nombreux compositeurs, Anglais bien sûr mais aussi Français notamment grâce aux magnifiques traductions de Baudelaire et de Mallarmé dont certains sont allés jusqu'à estimer qu'elles étaient meilleures que les textes originaux. Les Russes ne sont pas en reste bénéficiant des traductions du poète symboliste Constantin Balmont. Poë a donc inspiré de nombreux compositeurs, du début du XXe siècle à aujourd'hui, sous des formes très diverses. La liste établi par Burton R. POLLIN [1] atteint plus de 200 références ! En voici quelques exemples par ordre chronologique :

- Joseph HOLBROOKE (1878-1958), compositeur anglais, a été le premier fasciné par les contes et les poèmes de Poë. Holbrooke a écrit dès 1900 un Poème symphonique op. 25 (1900) d'après le poème The Raven (Le Corbeau), puis un Poème symphonique op. 35 (1901-1903) d'après le poème de Poë Ulalume,  ainsi qu'un poème pour chœur et orchestre Les Cloches op. 50 (1903) anticipant de dix ans l'œuvre de Rachmaninov. Plus étonnant, sa musique de chambre également rend hommage au poète américain  : son Sextuor à cordes op. 43 (1903) se rapporte au poème de Poë Al Aaraaf, son Sextuor pour piano et vents op. 33a (1906) s'inspire du poème Israfel, son Quintette avec clarinette n°2 op. 27 n° 2 (1910) est inspiré du conte Ligea. Il a également écrit un ballet intitulé The Red Mask  et un poème symphonique The Masque the Red Death d'après Le Masque de la Mort rouge dans les années 1920. Enfin, il a écrit sa Symphonie dramatique n° 1 Homage to E.A. Poë op. 48 avec chœur (1908) ainsi qu'une Fantaisie symphonique d'après Le Palais hanté.

- Claude DEBUSSY. A une enquête qui lui avait été soumise le 15 novembre 1889 sur ses auteurs favoris, Debussy répondit : Flaubert et Poë pour la prose et Baudelaire pour la poésie. C'est d'ailleurs probablement par les traductions de Baudelaire qu'il découvrit Poë et bien sûr par Mallarmé lui-même qu'il fréquente à partir de fin 1890. En 1903, Debussy envisage donc de composer un conte musical en 2 actes et 3 tableaux d'après le conte Le Diable dans le beffroi. Projet abandonné dont il reste 3 pages d'esquisses + 4 pages correspondant au 1er tableau avec un violon solo ;  6 pages de la main de Debussy concernent le scénario datées du 25 août 1903 donnant le résumé de 2 tableaux. Debussy, en 1908, revient à Poë avec le conte La Chute de la maison Usher. De nombreuses esquisses montrent que le projet hanta longtemps Debussy car il y retravailla en 1909-1910 et même tardivement en 1916-1917. Ces esquisses ont amené des musicologues à tenter en 1976 une reconstitution de ce qu'aurait pu être cet opéra : deux musicologues de l'Université de Yale (C. Abbate et R. Kyr) d'une part et le compositeur Juan Allende-Blin d'autre part. C'est cette dernière reconstitution qui retient aujourd'hui l'attention et c'est elle qui fut enregistrée par Georges Prêtre à Monte-Carlo du 13 au 16 juin 1983 (EMI 7479212). Elle a été éditée aux Editions Jobert en 1979 et créée à la Radio de Francfort le 1er décembre 1977 sous la direction d'Eliahu Inbal. Debussy, dans une lettre du 5 juillet 1908 adressée au directeur du Metroplitan Opera, Giulio Gatti-Casazza, faisait part de son désir de voir représenter La Chute de la maison Usher et Le Diable dans le beffroi dans une même soirée.

- Florent SCHMITT (1870-1958), compositeur français, a écrit son Etude pour Le Palais hanté op. 49 en 1904 et elle fut créée aux Concerts Lamoureux le 8 janvier 1905 sous la direction de Camille Chevillard. Esquissée en 1900, la partition ne fut achevée à Rome qu'en 1904 et figure donc parmi les envois de Rome du jeune pensionnaire de la Villa Médicis à l'époque où Caplet lui-même y séjournait. Deux traductions du poème de Poë existent par Baudelaire et Mallarmé. Il semble que ce soit celle de Baudelaire dont Schmitt se soit inspiré.
- Henry Franklin GILBERT (1868-1928) compositeur américain, compose en 1904, une pièce pour piano d'après le conte L'Île de la fée qu'il orchestrera sous forme de poème symphonique en 1923.
- Bertram SHAPLEIGH (1871-1940), compositeur américain, a écrit en 1907 une œuvre pour chœur et orchestre Le Corbeau op. 50 d'après le poème de Poë.
- Nikolaï MIASKOVSKI (1881-1950), compositeur russe, a écrit en 1909 un poème symphonique Nevermore (Silence) op. 9 d'après le poème Le Corbeau de Poë créé à Moscou le 13 juin 1911.
- John IRELAND ( 1879-1962), compositeur anglais, a composé vers 1910 un mélodrame pour récitant et piano d'après le poème  Annabel Lee.
- Henriette RENIE (1875-1956), compositrice et harpiste française, a écrit en 1912 une Ballade fantastique pour harpe d'après le conte Le Cœur révélateur. Plusieurs de ses œuvres portent le tire de Légende.
- Serge RACHMANINOV (1873-1943), compositeur russe, a écrit en 1913 son magnifique poème symphonique avec solistes, chœur et orchestre Les Cloches op. 35 d'après l'adaptation d'un poème de Poë traduit par Constantin Balmont. Comme la Sonate pour piano "Les Quatre âges" op. 33 (1847) de Charles-Valentin Alkan, le poème de Poë et, donc l'opus 35 de Rachmaninov, font allusion aux quatre âges de la vie.
- Mikhaïl GNESSIN (1882-1957), compositeur russe, utilise le texte de Ligea (traduction de Balmont) dans Le Ver vainqueur (1913) pour voix et orchestre.
- Nikolaï TCHEREPNINE (1873-1945), a écrit un ballet Le Masque de la Mort rouge créé à Petrograd le 29 janvier 1916.
- Edouard Burlinghame HILL (1872-1960), compositeur américain, a composé le poème symphonique La Chute de la maison Usher op. 27 créé à Boston le 29 octobre 1920.
- Adriano LUALDI (1885-1971) écrit (1919-1923) un opéra d'après Le Diable dans le beffroi représenté à La Scala de Milan le 22 avril 1925 et révisé en 1954.
- Désiré-Emile Inghelbrecht, ami de Debussy et collaborateur de Caplet comme chef de chant lors des représentations du Martyre de Saint-Sébastien en mai 1911. Compositeur, il écrivit un ballet Le Diable dans le beffroi qui fut créé à l'Opéra de Paris le 1er juin 1927. Sans doute n'ignorait-il pas que Debussy avait songé écrire un opéra à partir du même conte.
- E. L. DIEMER (?) a écrit une œuvre pour chœur et piano d'après le poème Les Cloches.
- Yves BAUDRIER (1906-1988), compositeur français, a écrit en 1938 une Suite pour ondes Martenot et orchestre de chambre d'après le conte Eleonora.
- Edgar Stillman KELLEY (1857-1944), compositeur américain, a écrit en 1925 une suite symphonique intitulé Le Puits et le pendule.
-
S. HAWLEY (?), a écrit deux œuvres pour récitant et piano sur le poème Le Corbeau et sur Les Cloches.
- Cyril SCOTT (1879-1970), compositeur anglais, a écrit en 1932 un ballet Le Masque de la Mort rouge.
-
Eugène MORAWSKI-DABROWA (1876-1948), compositeur polonais, a écrit deux poèmes symphoniques : le premier en 1925 d'après le poème Ulalume et le second en 1938 Nevermore d'après le poème Le Corbeau.
- Jean VALLERAND (né en 1915), compositeur canadien, a écrit en 1939 un poème symphonique intitulé Le Diable dans le beffroi. Création à Montréal le 24 avril 1942.
- Raymond LOUCHEUR a composé un ballet-pantomime Hop-Frog, achevé en 1948 et créé à l'opéra de Paris le 17 juin 1953. Cette partition était dédiée à Florent Schmitt, peut-être un hommage au compositeur de l' Etude pour Le Palais hanté  (voir supra).
- Erich Walter STERNBERG (1891-1974), compositeur israélien d'origine allemande, a mis en mélodie le poème Le Corbeau pour baryton et orchestre en 1949.
- Larry SITZKY (né en 1935), compositeur australien, a composé un opéra La Chute de la maison Usher  créé au festival de Hobart en août 1965.
- Bruno BETTINELLI (né en 1913), compositeur italien, a écrit en 1958 un opéra intitulé Le Puits et le pendule, créé à Bergame le 24 octobre 1967.
- Winifred PHILLIPS, compositrice américaine, a également écrit la musique d'une dramatique pour Radio Tales sur le conte de Poë qui a remporté The American Women in Radio and Television Awards (AWRT) en 1997.
- Le groupe suisse de black metal SAMAEL dans son album Ceremony of Opposites (janvier 1994) a donné le titre Mask of the Red Death à une de ses réalisations plutôt hard !

[1] : Sur les rapports des musiciens avec Poë, on peut consulter l'ouvrage :  EVANS M. G. Music and Elgar Allan Poe, Baltimore and Oxford, 1939/R1968 ; La liste des œuvres relevées par Evans est complétée par plus de deux cents références dans l'article de Burton R. POLLIN paru in Music and Letters n° 54 (Octobre 1973), 391-404. On peut plus facilement consulter l'article paru dans le Dictionnaire Groves qui ouvre une entrée à Edgar Allan Poë signée Paul Griffiths (édition 1995).
 

IV - Caplet et Poë :

Dans son excellente étude sur le Conte fantastique, Claude Hautenauve (voir Bibliographie) suggère judicieusement que Caplet a fait connaissance de Poë par l'intermédiaire de Florent Schmitt son condisciple à la Villa Médicis à Rome. C'est très plausible puisque les deux musiciens se fréquentaient (voir Iconographie) et que Schmitt mettait alors au point son étude Le Palais hanté (voir supra). Le normand Caplet était sensible à la littérature en langue anglaise et ses séjours tant à Boston qu'à Londres laissent supposer qu'il pratiquait couramment la langue de Shakespeare. Il y avait à l'époque de Caplet une grand fascination pour la culture en langue anglaise à laquelle Debussy était également très sensible. L'Amérique faisait rêver au même titre que l'Orient, autre pôle attractif qui ne sera pas sans incidences sur le langage musical de l'époque. Madame Butterfly (1904) de Puccini est symbolique de ce point de vue.
 

V - Genèse de l'œuvre :

La partition se présente sous trois versions très proches réalisées respectivement à la demande de Gustave Lyon, Micheline Kahn et Robert Casadesus.
 
1 - Replié à Criquebeuf-en-Caux, Caplet compose en 1908 une Légende, Etude symphonique d'après "Le Masques de la Mort rouge" de Poë pour orchestre et harpe chromatique.
Cette partition répondait à une commande de Gustave Lyon qui avait mis au point pour la maison Pleyel une harpe chromatique sans pédales mais avec deux rangées de cordes. Gustave Lyon a également commandé pour son instrument des partitions à Debussy (Deux Danses, profane et sacrée, 1904 pour harpe et cordes) ou à Florent Schmitt (Andante et Scherzo pour harpe chromatique et quatuor à cordes, 1906). Voir mon article sur "Caplet et la harpe" dans la page Dictionnaire. J'emprunte à la partie Biographie ces quelques lignes de l'année 1909 :

7 mars : création de Légende, Etude symphonique d'après le Masque de la mort rouge de Poë aux Concerts Colonne, Mme Lucille Wurmser-Delcourt (harpe), direction Gabriel Pierné (adjoint de Colonne depuis 1903).
19 mars : Luc Marcy dans le Monde musical : "On peut s'étonner qu'un jeune Prix de Rome, qui a, par ailleurs, donné des preuves indéniables de sa réelle musicalité, ait songé, à moins d'admettre l'idée d'une paradoxale espièglerie, traduire en œuvre de musique pure, avec partie prépondérante pour la harpe, l'instrument élégiaque et caressant par excellence, le bizarre, diabolique et malsain conte d'Edgar Poë [...]. Il essaya pourtant au prix de dissonances déchirantes, de farouches et raboteux accouplements de timbres suivant un plan musical qui demeure une énigme pour tout esprit non initié".
27 avril : Séance de musique ancienne et moderne pour harpe (Mme Wurmser-Delcourt). Au programme des œuvres de Caplet dont Légende, l'Etude Symphonique d'après Poe sous la direction de Caplet.
30 avril : Auguste Mangeot dans le Monde musical tempère la réaction de son confrère Luc Marcy : "On se souvient du tumulte que provoqua le mois dernier au Concert Colonne, dans le public et dans la presse, la Légende pour harpe et orchestre de M. A. Caplet [...] On ne s'explique guère le mauvais accueil qu'elle reçut à son début [...]. Avec un orchestre très réduit et un instrument principal significatif, elle crée bien "l'atmosphère haletante de terreur et d'épouvante" qui prépare l'action ; sans tomber dans les détails inutiles...".

Dans l'étude sur le Conte fantastique à laquelle j'ai déjà fait référence plus haut, Claude Hauteneuve cite une lettre non datée de Caplet à Florent Schmitt  : "J'ai songé déjà à l'illustration musicale de cette histoire extraordinaire d'E. A. Poë en vue du ballet russe (Fokine, Nijinski, Consort et quanti). Il est même entendu que l'on donnera ce ballet à Boston où la troupe russe doit venir en représentation". Ce projet émis vers 1911-1912 n'aboutira pas, hélas. Notons au passage que Caplet avait écrit en 1905 une première Légende pour orchestre - sans rapport avec celle qui nous occupe -  qui sera créée à Boston le 19 janvier 1905.

2 - La harpe chromatique de Raymond Lyon (Pleyel) étant quelque peu tombée en désuétude, les compositeurs révisèrent donc leurs partitions pour la harpe diatonique à pédales (Erard). Elle avait notamment la faveur de Micheline Kahn qui deviendra une ardente avocate des œuvres de Caplet. Dans la revue Zodiaque (1978), Micheline Kahn raconte ses souvenirs et la manière dont elle demanda à Caplet de réviser sa Légende : "Ayant appris qu'il avait écrit une Légende  pour harpe chromatique et orchestre jouée une fois aux Concerts Colonne, je demandai la musique aux Editions Durand, éditeurs habituels des eouvres de Caplet. Il me fut répondu que cette partition était restée inédite et on me communiqua le numéro de téléphone de l'Auteur. Plus de dix ans s'étaient écoulés depuis cette première et unique audition, d'ailleurs sifflée, et André Caplet fut très surpris que quelqu'un puisse s'intéresser à une œuvre pratiquement oubliée. Ne sachant même plus lui-même où il avait rangé son manuscrit, il me demanda quelques jours pour le retrouver et me communiqua en vue d'une adaptation pour la harpe Erard. [...] Vers 1920, l'étoile de la harpe chromatique commençait à pâlir, Caplet eut la curiosité de mieux connaître la harpe Erard. Je lui jouai la Légende lui signalant les passages inexécutables à la harpe Erard, lui suggérant d'autres possibilités. Il se prit au jeu et transforma sa Légende qui devint le Conte fantastique d'après le Masque de la Mort rouge d'Edgar Poë pour harpe et quatuor. J'en donnai la première audition avec le Quatuor Poulet. Caplet assista aux répétitions dans un esprit de raffinement, dévoilant la signification de chaque note pourrait-on dire. L'œuvre définitive est écrite pour harpe et quatuor ; le fait de l'exécuter avec accompagnement d'orchestre me semble à l'encontre de l'écriture et de l'esprit de cette musique. Une version pour piano fut faite pour Robert Casadesus."
Nous devons donc à Micheline Kahn la révision, en 1923, de la Légende de 1908 sous le titre de Conte fantastique et l'intérêt renouvelé de Caplet pour la harpe. Cette version fut créée le 18 décembre 1923, salle Erard, avec le Quatuor Poulet.
 

3 - Onze jours après la création du Conte fantastique, le 29 décembre, Maurice Maréchal et les Concerts Colonne sous la direction de Gabriel Pierné créaient Epiphanie, fresque musicale pour violoncelle principal et orchestre d'après une légende éthiopienne. La création avec piano avait eu lieu le 18 mai 1922. Maurice Maréchal et Robert Casadesus jouèrent fréquemment ce chef-d'œuvre et l'enregistrèrent partiellement (hélas) en juin 1930 (voir Discographie). Selon le témoignage de Micheline Kahn, c'est grâce à l'intervention de Robert Casadesus qu'il existe également une troisième version du Conte fantastique pour piano et cordes également éditée par Durand en 1924. Une version pour piano seul a été réalisée et arrangée par Jura Margulis, en 2006, et enregistrée chez Oehms Classics. (voir discographie)

En résumé, les trois versions sont à quelques détails près identiques. La Légende est pour harpe et orchestre à cordes, Le Conte fantastique reprend la partie de harpe et réduit l'orchestre au quatuor à cordes avec contrebasse ad libitum. Dans la version avec piano, on distingue quelques variantes avec la partie de harpe en ce qui concerne les glissandi. Il va sans dire que la version avec harpe est préférable car elle respecte la pensée de Caplet. Pour ma part, je ne saurais trancher entre la version pour orchestre à cordes et la version avec quatuor la plus couramment exécutée. La première accentue le caractère dramatique du conte et donne à l'œuvre des accents de poème symphonique. La seconde dans un équilibre plus naturel entre la harpe et le quatuor à cordes exprime mieux le mystère et le caractère fantastique du conte ; elle restitue aussi plus clairement l'écriture de Caplet pour les cordes. En revanche, je déplore que la version pour piano seul ne semble pas plus intéresser les pianistes d'autant qu'elle constitue, à mon sens, le chef-d'œuvre de Caplet pour cet instrument. Elle donne une toute autre couleur à l'œuvre sans trahir la pensée du compositeur qui a d'ailleurs agréé l'édition de cette version. Il est vrai que c'était une pratique courante des éditeurs à cette époque (notamment Durand !) de proposer des versions différentes d'une même œuvre pour des raisons sans aucun doute plus commerciales que musicales, mais ici il s'agit bien d'une version réellement conçue par Caplet à l'intention Robert Casadesus. L'excellente réalisation de Jura Margulis devrait pourtant convaincre les plus réticents.
 

VI - La partition :

Le témoignage de Micheline Khan montre que Caplet n'était pas soucieux de faire éditer la Légende de 1908 compte tenu sans doute des critiques suscitées à la création. Quinze ans plus tard, il ignorait où il avait mis son manuscrit ! Durand se résolut à imprimer la partition en 1924 avec un nouveau titre plus attirant Conte fantastique suivi d'un résumé du conte de Poë. La partition originale D.&F. 10 536 comprend 41 pages, 43 n° de repère, 601 mesures. Elle a été gravée par Ch. Douin et imprimée par Delanchy, Dupré (Asnières-Paris). Cette partition est actuellement en vente aux éditions Durand  (N° article Durand 0 1094) sur le site di-arezzo.


Conte fantastique
d'après une des histoires extraordinaires
d'Ellen(sic) Edgar Poë
"LE MASQUE DE LA MORT ROUGE"
Pour harpe ou
Piano et Quatuor à cordes

Pour Harpe et Quatuor à cordes... net : 16 fr.
Partie de Harpe séparée............... -       6 fr.
Pour piano et Quatuor à cordes.... -      18 fr.
Partie de piano séparée................ -        8fr.
Instruments du quatuor....chaque  -        3fr.
Contre-basse (ad libitum)............  -        2fr.
Réduction à 2 pianos..................  -              
Partie de second piano                                 
(Réduction du Quatuor).............   -              

Argument :

Rôdant autour des proies qu'elle convoite, la Mort horrible
et fatale, hante la contrée...

Dans une atmosphère lourde d'angoisse et d'épouvante, c'est, brusque
et hideuse, l'apparition du Masque de la Mort rouge, dont le rictus
diabolique dénonce la joie rageuse et impitoyable de tout livrer à l'anéantissement.                                                                     
--------------------------------------------
Comme pour défier le fléau, un jeune Prince et ses amis festoyent (sic)
joyeusement dans une abbaye fortifiée dont on a soigneusement muré les issues.
Là, le Prince gratifie ses hôtes d'un bal masqué de la plus insolite
magnificence, et son goût fantasque pourvoit aux divertissements de la fête :
tableau voluptueux que cette mascarade !
--------------------------------------------
 Cependant chaque fois que la voix étrange et profonde d'une très
vieille horloge sonne les heures...l'élan des danseurs semble paralysé....

A peine des échos de ce tintement ont-ils fui qu'une hilarité légère
et mal contenue circule parmi les hôtes.

La fête reprend alors mais avec moins d'entrain et comme gênée par
le souvenir de ces appels de l'heure ; toutefois, peu à peu, la musique
s'anime . Les couples fiévreusement tourbillonnent, lorsque, sur un geste
brusque du Prince, les musiciens s'arrêtent...

Dans l'ombre de l'Horloge, où lourdement résonnait minuit, se tenait,
immobile, un personnage enveloppé d'un suaire.
Une terreur mortelle s'empara de toute l'assistance.
La Mort rouge était venue comme un voleur de nuit !
Et tous les convives tombèrent convulsivement l'un après l'autre dans
les salles de l'orgie inondés d'une rosée sanglante.

VII - Structure et analyse du Conte fantastique :
 

Dans l'esprit du poème symphonique qui prend sa source dans un argument littéraire, la partition suit les différentes péripéties du texte. On trouvera ci-après un tableau récapitulatif prenant pour repères ceux de la partition, d'autre part les minutages à partir de l'enregistrement de la harpiste Sandrine Chatron et du Quatuor Elias enregistré en décembre 2004 (=> Discographie)

 

SectionPagesMinutageArgumentDescriptionNotes
A10'Rôdant autour des proies qu'elle convoite, la Mort horrible et fatal, hante la contrée...
Dans une atmosphère lourde d'angoisse et d'épouvante, c'est, brusque et hideuse, l'apparition du Masque de la Mort rouge,
dont le rictus diabolique dénonce la joie rageuse et impitoyable de tout livrer à l'anéantissement.
A1 : Motif haletant de la harpe représentant la Mort sur une pédale des cordes avec sourdine ;  motif repris une deuxième fois au chiffre [2] mais avec les cordes sans sourdines. Nous sommes en mi mineur.Pas de thèmes à proprement parlé dans cette section mais trois motifs de caractère rythmique identifiant la Mort et le Masque rouge et sa joie rageuse
3 après [3] Apparition du Masque avec le motif  A2 marcato du grave de la harpe doublé par le violoncelle, et de son rictus 6 après [3].
Un dernier motif A3  5 après [4] caractérise "la joie rageuse et impitoyable" du Masque.
Au chiffre [7] conclusion sur A1
B8
 
3'47"



B1 4'13
B2 4'39
B3 5'10
Comme pour défier le fléau, un jeune Prince et ses amis festoyent joyeusement dans une abbaye fortifiée dont on a soigneusement muré les issues.



Là, le Prince gratifie ses hôtes d'un bal masqué de la plus insolite magnificence, et son goût fantasque pourvoit aux divertissements de la fête : tableau voluptueux que cette mascarade !

 
Chiffre 8 animé à trois temps : rupture d'atmosphère. Le trois temps se rapporte au bal masqué. Notons qu'à partir de [8], Caplet, toujours précis, écrit des chiffres qui "placés sous les barres de mesure, indiquent le rythme général qui réunit certains groupes mesures". Indication précieuse pour les interprètes destinées à regrouper 2, 3 ou 4 mesures et à articuler le discours musical. 2 avant [10] nous passons à Mi Majeur.
Cet épisode est bâti sur 3 thèmes qui semblent caractériser précisément le contenu du texte:
Thème B1 [10] exposé à la harpe (2 fois) : fantasque
Thème B2 [6 après 11] exposé au Violon 1 (2 fois) : voluptueux
Thème B3 [13] exposé au Violon 1 en sons harmoniques et à la harpe : mascarade
On passe de la Mort à la Vie, à la mascarade du Prince et de ses amis qui festoient. Scène du bal qui cette fois engendre trois véritables thèmes de caractère plus mélodique.


Cet épisode tourbillonnant mais au rythme haletant anticipe sur La Valse de Maurice Ravel
5'27Développement [14] sur B1, B2 et B3. qui va crescendo. Il s'enfle progressivement sur B2 en intensité et gagne vers l'aigu.
 
C24

Horloge à 8'10

Cependant chaque fois que la voix étrange et profonde d'une très vieille horloge sonne les heures...l'élan des danseurs semble paralysé....




A peine des échos de ce tintement ont-ils fui qu'une hilarité légère et mal contenue circule parmi les hôtes.

 

Quoique habilement liée à la partie précédente on peut faire partir la section C [11 après 23] au moment la partition atteint une sorte de climax . Sous les cordes fortissimo avec un violon dans le suraigu, la harpe- horloge sonne les onze coups de 11 heure d'abord pianissimo puis de plus en plus fort jusqu'à ce que  l'élan des danseurs semble paralysé". Les trois derniers coups seules sonnent dans le silence retrouvé, lugubre : 3 longues mesures de silence. Nous sommes au milieu de la partition. 
A [26] on passe à une mesure à 2/4 et en La bémol  Majeur sans que cette modalité soit affirmée. Suit un long épisode mystérieux (et magnifique sur le plan musical). Caplet procède ici par petites touches. Alors que la harpe déploie librement des formules cadentielles, les cordes se font discrètes. Les sons harmoniques en glissandi vers l'aigu du Violon 1  à 2 avant [27] traduisent l'hilarité légère et mal contenue des hôtes. L'articulation de ce passage se produit pourtant sur un bref motif chromatique grave et inquiétant (en triples croches) du violoncelle.
Partie médiane du Conte, plus libre structurellement, avec des effets sonores saisissants.




Certains passages comme à [29] annoncent l'atmosphère des Valses nobles et sentimentales de Ravel.
B'3112'40

 


Martèlement 14'21
Horloge 14'32

 

La fête reprend alors mais avec moins d'entrain et comme gênée par le souvenir de ces appels de l'heure ; toutefois, peu à peu, la musique s'anime . Les couples fiévreusement tourbillonnent,

lorsque, sur un geste brusque du Prince, les musiciens s'arrêtent...Dans l'ombre de l'Horloge, où lourdement résonnait minuit, se tenait, immobile, un personnage enveloppé d'un suaire.
 

Retour à Mi Majeur. La fête reprend à [31] Animé . On retrouve les 4 # de mi majeur et la mesure à 3/4 de B. Le bal repart sur le thème B1 aux violons immédiatement suivi de B3. On ne réentendra plus B2. La musique s'anime mais est soudainement interrompue.

 
Reprise de la fête mais dans un climat différent car privé de l'élan voluptueux moteur B2 qui avait conduit à C.

 

Caplet figure le geste brusque du Prince par dix coups frappés pour stopper la fête. Il est aussi l'outil du Destin qui frappe à la porte.

 

à [38] le geste brusque du Prince est figuré par le martèlement  (10 coups) du bois de la caisse de résonance de la harpe qui fait aussitôt entendre les douze coups de minuit sur une pédale dissonante de seconde (fa-sol) au violoncelle tandis que violons et alto distillent des traits inquiétants "comme un bruissement étrange" qui figurent "l'apparition dans l'ombre de l'horloge d'un  personnage enveloppé d'un suaire." Musique atonale presque bruitiste.
A'3716'14Une terreur mortelle s'empara de toute l'assistance.
La Mort rouge était venue comme un voleur de nuit !
Et tous les convives tombèrent convulsivement l'un après l'autre dans les salles de l'orgie inondés d'une rosée sanglante.
De 3 après [39] jusqu'à 8 après [42] Caplet revient à A Mi mineur en reprenant textuellement les mesures de la page 5 [3 avant 5] => [9 après 7]. On reprend donc sur A3 puis on retrouve A2 à 2 avant [42] et enfin A1 à 2 après [42] judicieusement présentés dans l'ordre inverse de leur apparition dans la section A
Suit un trait de harpe ppp mais très rapide évoquant "la chute convulsive des convives inondés d'une rosée sanglante". Coda à [43].
L'habileté de Caplet est de reprendre ici une partie de A donnant à sa composition une structure en arche parfaitement équilibrée qu'affectionnera un musicien comme Béla Bartók.


Thèmes principaux :
 

A1

 
A2
A3

B1

B2

B3
Sonnerie de l'horloge :

 

VIII - les instruments :

Dans le Conte fantastique, Caplet réunit la harpe à un ensemble de cordes (orchestre ou quatuor). Ce n'est pas finalement une formation si courante même si les partitions de Debussy, Ravel, Roussel... s'en rapprochent [1]. La harpe joue ici un rôle important, mais c'est une erreur de reléguer les cordes au second plan car elles jouent un rôle important dans la couleur et dans la thématique de l'œuvre : B2 leur est confié ainsi que de nombreux contrechants. Bref, le Conte fantastique n'est pas un concerto pour harpe. Caplet attribue à la harpe un rôle dramatique : c'est elle qui personnifie le Masque, la Mort, l'Horloge, le Prince alors que les cordes évoquent le décor, les convives dansants ou inquiets, tombant convulsivement.
Habile, Caplet fait appel aux ressources expressives des instruments en utilisant les effets les plus avancés. Il utilise toute la tessiture de la harpe et notamment le grave comme dans les motifs A1 et A2. Naturellement, il ne renie pas les glissandi sans pourtant en abuser et il réclame de nombreuses nuances : haletant, étouffez, dolce, sec, piano mais strident, triple pianissimo mais très rapide, perdendosi. On remarquera aussi l'habileté de Caplet à restituer le son
produit par l'horloge, son lugubre dont la complexité évoque l'ancienneté du mécanisme avec un effet de résonance tout à fait réussi f/pp.
Les cordes ne sont pas en reste avec l'utilisation récurrente des harmoniques aux Violons 1 et 2. Le Violon 1 à 2 avant [27] a même un  glissando sur un son harmonique évoquant peut-être "l'hilarité légère et mal contenue" qui circule parmi les hôtes. Mais le moment le plus extraordinaire est celui des douze coups de minuit où con sordino les cordes sont censées produire comme un bruissement étrange en jouant des traits rapides dans le suraigu sur le chevalet puis quelques mesures plus loin col legno ; glissando spiccato à l'alto, pizzicato arrachez au violoncelle. Nombreux trilles et appogiatures participent à créer l'atmosphère tout au long de la partition. On relève enfin le parfait équilibre entre les cordes, Caplet mentionnant d'un en dehors l'intervention importante de chaque partie.
Notons l'harmonieuse alliance des timbres entre cordes pincées et frottées. On peut s'étonner que les compositeurs n'aient pas plus explorer cette voie tracée à la fois par Debussy dans ses Danses et Caplet.

[1] Voir GLATTAUER Annie, Le Dictionnaire du répertoire de la harpe,
CNRS éditions - CNRS Dictionnaires 2003. 727 pages

XI - Exécutions

Le Conte fantastique a donc été créé dans sa version originale le 7 mars 1908 sous le titre de Légende, Étude symphonique d'après Le Masque de la mort rouge de Poë aux Concerts Colonne avec Mme Lucille Wurmser-Delcourt (harpe), sous la direction Gabriel Pierné (adjoint de Colonne depuis 1903). La création de la version avec quatuor à cordes a eu lieu le 18 décembre 1923, salle Erard, avec Micheline Kahn et le Quatuor Poulet.
"Caplet assista aux répétitions dans un esprit de raffinement, dévoilant la signification de chaque note pourrait-on dire" ajoute Micheline Kahn qui devait rejouer régulièrement cette partition. Je n'ai pas trouvé trace d'exécution de la troisième version avec piano dont on peut supposer naturellement que Robert Casadesus en a donné la première audition.
Lily Laskine a tout joué pour la harpe. Entrée au Conservatoire dans la classe d'Hasselmans en 1904 au moment où Micheline Kahn obtient son Prix elle obtient à 11 ans et demi son 2ème Prix avec le Concerto d'Henriette Renié et à 13 ans son Premier Prix en jouant une Légende, pas celle de Caplet, mais celle d'Albert Zabel. Harpe solo dans l'Orchestre de Walter Straram elle a pu assister à l'exécution d'Épiphanie avec Maurice Maréchal en soliste le 8 juin 1925. Sous la direction de Straram, elle a joué le Conte fantastique le 27 mars 1930. Elle a bien évidemment maintes fois joué la partition et l'a enregistrée avec le Quatuor Via Nova en 1974 => discographie. A sa suite, (elle a formé tant d'élèves !) de nombreux harpistes ont inscrit le Conte fantastique à leur répertoire. Aujourd'hui, la partition est régulièrement donnée et la discographie témoigne de l'actualité de ce chef-d'œuvre.

XII - Discographie :

Harpe et orchestre à cordes :

Notre discographie signale trois enregistrements avec orchestre : le premier sous la direction de Félix Slatkin avec Ann Mason Stockton (harpe) en 1954 et, le second sous la direction de Georges Prêtre avec Frédérique Cambreling (harpe) en 1983. La direction de Slatkin  renforce le côté fantastique avec un orchestre à cordes très présent ne dédaignant pas les effets, mais la harpiste, un peu noyée dans les cordes (prise de son ?), n'a pas toujours un jeu très clair. Son « horloge » n'est guère impressionnante pas plus que sa "rosée sanglante". La version française, un peu sèche pourtant, est plus recommandable notamment en raison du parfait équilibre entre les cordes et la harpe. Le dialogue entre les cordes et la harpe est très vivant, plus dramatique peut-être que fantastique. Frédérique Cambreling révèle sa grande virtuosité dans un jeu lumineux et d'une grande précision. On peut l'écouter sur You Tube ici. Un dernier enregistrement d'Elizabeth Hainen avec le IRIS Orchestra sous la direction de Michael Stern paru chez AVIE en 2013 met plus en valeur la beauté sonore de la partition que le fantastique. D'une manière générale, la version avec orchestre à cordes n'a pas le « mordant » des versions avec quatuor à cordes.

Piano seul :
Curieuse mais méritoire transcription pour piano seul du pianiste d'origine russe Jura Margulis enregistrée en mai 2006. Rappelons qu'il existe une version chez Durand pour deux pianos qui a sans doute servi au transcripteur. Une réduction pour piano seul, c'est se priver du contraste soliste/cordes, faire abstraction des couleurs des cordes, bref, une réduction est une réduction. Mais on aurait tort, à mon avis, de ne pas prêter l'oreille à cette version qui en réalité relève autant de la paraphrase. Certes, elle se veut très habilement fidèle au texte dans l'ensemble, sauf dans la partie médiane où elle prend des libertés avec la structure tout en respectant le matériau musical. Ce qui est intéressant, au-delà de l'impressionnante performance pianistique, c'est la manière dont Jura Margulis révèle la résonance ravélienne de la partition. Il s'efforce d'opérer une magnifique synthèse entre les parties de cordes et celle de la harpe dont les glissandi ne lui posent pas problème. Ce n'est peut-être plus tout à fait du Caplet pour les puristes, je le concède, mais il faut avoir écouter cette transcription/paraphrase.
 

Harpe et quatuor à cordes :

En revanche, un grand nombre d'enregistrements ont été réalisés dans la version harpe / quatuor à cordes. Nous avons relevé 15 versions, sans prétendre être exhaustif. Voir détails sur la page discographie.
 

1974LASKINE Lily (harpe)Quatuor VIA NOVA16'50
1982HOLLIGER Ursula (harpe)Daniel PHILLIPS, Michael SCHNITZLER
Gérard CAUSSÉ
Ko IWASAKI
16'17
1983HOLLIGER Ursula (harpe),Musiciens de chambre de Zurich16'36
1988McKEAND Vanessa (harpe)Quatuor ALLEGRI16'41
1988GILES Alice (harpe), Robert KAMINKOWSKY
Robert MOZES Robert
 Yuval KAMINKOWSKY Yuval 
Yoram ALPERIN
16'12
1992CABEL Laurence (harpe)Ensemble MUSIQUE OBLIQUE17'08
1994MORETTI Isabelle (harpe)Quatuor PARISII15'30
1997JAMET Marie-Claire (harpe)Quatuor ROSAMONDE17'29
1998MULLEROVA-JOUZOVA (harpe)Ensemble VARIACE18'24
1999TALITMAN Rachel  (harpe)Benjamin EMERAUDE
Irina SHERLING
Samuel BERGESIAN
Dieter SCHÜZHOFF
17'21
2003SHAMEYEVA Natalia (harpe)A. KOLESNIKOV
L. KAPLAN
R. STEPANYAN
V. SHAMEYEV
18'13
2004CHATRON Sandrine (harpe)Quatuor ELIAS17'10
2004LAVOISIER Annie (harpe)Ensemble OXALYS17'53
2006LANGLAMET Marie-Pierre (harpe)Quatuor de LEIPZIG16'18
2012Bridget KIBBEY (harpe)Kristin LEE (violon)
Sean LEE (violon)
Paul NEUBAUER (alto)
Dane JOHANSEN (cello)
15'27
2012NORDMANN Marielle, (harpe)Quatuor DEBUSSY17'17

Une discographie comparée est en préparation